AMAP

2010
03.30

On observe depuis 2001, l’émergence de nouvelles formes de coopération entre producteurs et acheteurs, et particulièrement dans le domaine des denrées alimentaires. Les « mangeurs » s’organisent au sein de différents systèmes, dont celui plus particuliers des Associations pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne (AMAP).

Les AMAP sont des systèmes originaux de production et de distribution qui mettent en lien direct des producteurs et des consommateurs. C’est, en France, un partenariat de proximité entre un groupe de consommateurs et une ferme locale, basé sur l’achat d’une part de production, distribuée, le plus souvent, sous forme de « paniers »hebdomadaires, et composés des produits de la ferme. C’est un contrat solidaire, basé sur un engagement financier des adhérents, qui payent à l’avance la totalité de leur consommation sur une période définie par le type de production et le lieu géographique.

Ce système fonctionne donc sur le principe de la confiance vis-à-vis du paysan et de la responsabilisation des adhérents partenaires.

Dans ses principes fondateurs, une AMAP a pour objectifs :

  • Une relocalisation de l’agriculture nourricière de proximité par le maintien voir le développement d’une agriculture respectueuse de l’environnement, en garantissant un revenu décent au paysan partenaire, qui tiennent notamment compte des coûts de production.
  • La préservation et le respect de la biodiversité végétale et animale
  • La solidarité des adhérents vis-à-vis du paysan en cas d’aléas dans la production : problèmes météo, invasion parasitaire, moindre production ou surplus
  • Le tissage de liens ténus entre paysan et adhérents, au travers des visites à la ferme notamment, proximité qui devra permettre une meilleure connaissance réciproque et la construction de la confiance indispensables pour une pérennisation et une stabilité du système.

Fonctionnement

Le partenariat est géré au travers une association de fait ou déclarée, par un comité de bénévoles qui organise le fonctionnement de l’AMAP (règlement intérieur, lieu de livraison,) et fait vivre le collectif (participation des adhérents aux distributions, aux ateliers pédagogiques à la ferme, vie de l’association). Ses rôles sont d’assurer le lien avec le producteur pour la communication et l’information, de rechercher le cas échéant de nouveaux adhérents.

Historique

Le concept a émergé dans les années 60 au Japon. À l’époque, des mères de familles japonaises s’inquiètent de voir l’agriculture s’industrialiser avec un recours massif aux produits chimiques (en 1957 les premières victimes de Minamata empoisonnées au mercure sont déclarées). Ces mères fondent alors en 1965 les premiers teikei (que l’on peut traduire du japonais par « le visage du fermier est sur le produit ») qui concernent d’abord des coopératives laitières. Le principe de fonctionnement est le suivant : en échange de l’achat par souscription de la production du paysan, ce dernier s’engage à fournir des aliments cultivés sans produits chimiques.

Un des groupes fondateurs des teikei, le Japan Organic Agriculture Association (JOAA), apparu en 1971, définit le teikei comme « une idée visant à créer un système alternatif de distribution, non dépendant du marché conventionnel. Bien que la forme des teikei varie, c’est tout simplement un système de distribution directe. Pour parvenir à son émergence, les producteurs et les consommateurs ont dû parler et approfondir leur connaissance mutuelle : aussi bien les uns que les autres fournissent du travail et du capital pour pérenniser le système. Le teikei est non seulement une idée pratique mais aussi une philosophie dynamique pour que les gens pensent une meilleure façon de vivre à travers l’interaction entre producteurs et consommateurs ». Aujourd’hui, les consommateurs japonais se sont éloignés de la plupart des Teikei de l’origine du fait de la concentration urbaine et se sont groupés en coopératives de consommation qui commercialisent les produits de l’agriculture biologique mais dans lesquelles le producteur n’a plus dans la plupart des cas le contact direct.

À la même époque en Suisse, des fermes communautaires nommées « food guilds » (ou association alimentaire) développent leur propre partenariat avec les consommateurs locaux en leur fournissant chaque semaine des produits frais (légumes, lait, œufs, et fromages).

Aux Etats-Unis en 1985, un fermier de retour de Suisse après avoir étudié les food guilds rencontre alors Robyn Van Hen, une agricultrice biologique du Massachusetts. Avec l’aide d’autres producteurs et de consommateurs, ils fondent la première Community Supported Agriculture (CSA) à la ferme Indian Line de Robyn. Le concept se répand ensuite rapidement par bouche-à-oreille dans tous les États-Unis, puis gagne le Canada (ASC).

En 2000, on recensait des systèmes équivalant dans de nombreux pays : plus de 1000 en Amérique du Nord, 100 au Royaume-Uni, et aussi en Australie, Danemark, Pays-Bas, Allemagne, Hongrie, Ghana, Nouvelle-Zélande… Au Japon, un foyer sur quatre participe à un Teikei (16 millions de personnes en 1993). Aux États-Unis, 1500 sont en fonctionnement en 2003.

Les AMAP en France

Le principe d’une distribution hebdomadaire de légumes à des réseaux d’adhérents consommateurs a été introduit en France par les Jardins de Cocagne aux débuts des années 1990. Toutefois, les Jardins de Cocagne n’ont rien à voir avec les AMAP: il s’agit d’entreprises d’insertion par l’économique, qui accompagnent au travers une activité de maraîchage, des demandeurs d’emploi, pour la plupart en grande difficulté d’insertion sociale et professionnelle. Dans ce système, il n’y a pas le même niveau d’engagement de la part du consommateur, pas de contrat de saison, pas de préfinancement de la récolte, même si on peut acheter les paniers « au mois ».

Des paysans, des groupements de producteurs ont pu aussi organiser des systèmes de commercialisation de leurs produits sous forme de commandes, qu’ils livrent souvent en milieu urbain, à des clients qui dans la plupart des cas, ne s’impliquent pas dans la vie de la ferme.

En 2000, des maraîchers pratiquant déjà la vente directe et une production bio diversifiée dans l’ouest du Var, Denise et Daniel Vuillon, rendent visite à leur fille aux États-Unis. Ils découvrent alors le système des CSA à l’occasion d’une livraison effectuée par le fermier venu livrer des légumes fraîchement récoltés. Cette rencontre directe est déterminante. De retour en France, et dans le cadre d’une réunion organisée par ATTAC à Aubagne en février 2001 sur le thème de la « malbouffe », les Vuillon présentent le concept des CSA découvert aux Etats-Unis, qu’ils pensent adaptable en France, et dont ils défendent les avantages qu’ils pressent déjà, pour tous les partenaires en présence. Des consommateurs motivés et trois réunions plus tard le 17 avril 2001 les premiers paniers sont livrés aux adhérents d’Aubagne. Le développement de ce concept qui va suivre, dans la région PACA puis au travers différentes régions, sera aussi inattendu, que conséquent et rapide.

Essaimage et diffusion du système

Estimant le contexte favorable au développement de ce type d’initiative, les Vuillon, membres de la Confédération Paysanne du Var, avec d’autres associations, envisagent de créer une structure chargée d’accompagner les porteurs de projet AMAP dans la région. Alliance Provence (AP) fut alors fondée le 10 mai 2001.Seize AMAP sont ainsi créées en 2002, sur demande de consommateurs ou de producteurs, le concept se répandant par bouche-à-oreille aidé en cela par les média.

En 2003, une nouvelle étape est franchie : les fondateurs d’Alliance Provence rédigent une charte des AMAP qui au-delà de la définition des modalités de fonctionnement des AMAP, énonce des principes faisant clairement référence à la charte de l’agriculture paysanne, elle-même rédigée par la Confédération Paysanne. L’agriculture paysanne a l’ambition de repenser les fonctions et la place de l’agriculture dans la société, de redonner aux actifs agricoles leur rôle social, économique et écologique, afin de considérer la production agricole dans sa globalité au travers des dimensions économique, environnementale et sociale. Elle promeut une agriculture productrice de biens marchands et non marchands dans l’intérêt de la société, développe dix principes, repères politiques fondamentaux qui doivent orienter les politiques ainsi que les pratiques, et propose une grille d’analyse sociale, économique et environnementale des exploitations agricoles.

La dénomination AMAP et la charte sont déposées à l’Institut National de la Propriété Industrielle (INPI) par l’association Alliance Provence. Désormais, des consommateurs qui se rassemblent avec un producteur ne peuvent donc utiliser la dénomination d’AMAP que s’ils appliquent clairement cette Charte, et seulement après avoir eu l’accord du réseau Alliance de leur région.

Première structure fédératrice d’AMAP, Alliance Provence se retrouve ainsi en posture de référence pour les expériences qui se développent alors dans les différentes régions, et la charte prend alors une valeur nationale même si localement, des réseaux régionaux on pu rédiger des textes spécifiques.

Et les projets actuellement en cours ne manquent pas. Mais la lisibilité exacte du nombre de ces expériences, des familles qu’elles concernent, des volumes financiers qu’elles génèrent est difficile à identifier. Fin 2007, selon une estimation de Claire Lamine dans son ouvrage « les AMAP un nouveau pacte entre producteurs et consommateurs », environ 700 AMAP approvisionnent en France une fourchette entre 70 000 à 140 000 familles, soit 0.2% de la population totale.

Le réseau URGENCI

Quelques AMAP étant nées dans d’autres régions, un premier colloque international se tient à Aubagne en février 2004 : des Teikei japonais, des CSA américains et canadiens, des ASC québécois et des AMAP françaises, partagent leurs expériences.

Un deuxième colloque international se tient ensuite à Palmela (Portugal) en décembre 2005 donnant lieu à la création du réseau international URGENCI qui regroupe ces diverses initiatives. Le colloque de janvier 2008 à Aubagne (France) réunit 20 pays. Depuis le mouvement se développe à travers a planète.

URGENCI regroupe donc au niveau mondial des citoyens, producteurs agricoles, consommateurs, militants, acteurs politiques impliqués dans une approche économique alternative appelés les Partenariats Locaux Solidaires entre Producteurs et Consommateurs ( PLSPC). Les objectifs de ce réseau sont :

  • Le maintien et l’épanouissement d’une agriculture paysanne.
  • La souveraineté alimentaire de chaque région et chaque communauté de la planète.
  • La santé par l’alimentation et la lutte contre la faim et la malnutrition.
  • Le développement de la citoyenneté dans l’économie et de liens sociaux de solidarité entre producteurs et consommateurs et entre habitants des villes et des zones rurales.
  • L’éducation à l’environnement et à la citoyenneté.
  • La lutte contre l’exclusion et la pauvreté par les liens de solidarité, que ce soit en milieu rural et paysan ou en milieu urbain ou dans le rapprochement de ces deux milieux

Les champs d’action et projets de ce réseau s’articulent autour de cinq axes :

  • Extension de l’essaimage dans de nouveaux pays et continents (notamment en direction des pays du Sud, de l’Europe de l’Est, de l’Asie continentale, etc.)
  • Extension du programme de redéploiement de la biodiversité en partenariat avec l’Institut Vavilov et d’autres instituts de recherche;
  • Bilan et perspectives sur les actions pilotes sur le foncier, notamment avec les actions lancées par Terre de Lien ;
  • Extension des expériences pilote d’application des partenariats locaux et solidaires entre producteurs et consommateurs dans d’autres secteurs que l’agriculture (artisanat, pêche, services, etc.)
  • Extension des actions pilotes de lien avec d’autres approches (inter réseau IRIS).

Sylvie LESAGE

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